Candidature camerounaise à l’Expo 2035 : Des innovations “en miniature” aux horizons à grande échelle

Après Belgrade en 2027, le royaume d’Arabie Saoudite accueillera l’Exposition universelle de 2030 (Expo 2030 Riyadh) d’octobre 2030 à mars 2031, sous le thème « L’ère du changement : ensemble pour un avenir prévoyant » (Foresight Tomorrow), avec un fort accent sur l’innovation, la durabilité et les partenariats avec l’Afrique. Une candidature à l’horizon 2035 pour accueillir un tel événement représenterait une étape importante dans le parcours de transformation du Cameroun. En écho à la Vision Émergence 2035, ce projet afro-futuriste pourrait mettre en valeur et illustrer l’expression audacieuse d’une future Tel Aviv de l’Afrique et la capacité à bâtir une architecture de projet alternative au modèle du Singapour africain que semble être le Rwanda.

Faire progresser la Vision Émergence 2035

Entre innovation « en miniature » et opportunités grandeur nature, Yaoundé est le siège de l’Organisation africaine de la Propriété intellectuelle (OAPI). La seconde plus ancienne organisation panafricaine fondée en 1962, juste après Air Afrique, fêtera son soixante-cinquième anniversaire d’ici un an. Elle nous invite ainsi à explorer le champ des possibles. Tant avec l’imagination que pourrait prendre demain une capitale afro-futuriste de la « New Nature Economy » en explorant des enjeux d’innovation, d’agriculture régénérative et de forêts connectées et comestibles grâce aux nouvelles technologies. Et peut-être l’ambition d’une alternative au modèle du Singapour africain, le Rwanda ?

Après la Forêt de la Tranquillité en baie d’Osaka, l’Industrie Magnifique dans le port afro-futuriste de Douala ?

Face à la désertification invisible (intelligence artificielle, Uberisation ou Airbnbisation de l’économie) la « Forêt de la Tranquillité » (Forest of Tranquility) était une œuvre centrale de l’Exposition universelle 2025 à Osaka, conçue par le paysagiste japonais Hiroki Kutsuna (E-Design) en collaboration avec Sou Fujimoto, mêlant 1500 arbres et des œuvres d’art pour offrir un lieu de réflexion sur la coexistence homme-nature. Pour mettre le monde et l’Afrique en mouvement, l’Industrie Magnifique,née en Alsace, se définit aujourd’hui comme un mouvement de coopération de création et d’engagement associant artistes, entreprises mécènes et collectivités locales pour promouvoir et développer la création, l’art et le patrimoine industriel dans les territoires. Le parcours des œuvres produites donne à voir un processus original de collaboration entre industriels, milieux innovateurs et artistes. L’Industrie Magnifique invite aussi à se questionner autour de tables rondes, par exemple sur l’eau, ressource essentielle. Et pour divertir les plus jeunes ainsi que les initier aux métiers de l’industrie, des ateliers sont organisés. Sans oublier la création d’une œuvre collaborative.

Grande Exposition : de Londres 1851 à Émergence 2035 ou quel miroir afro-futuriste pour le Cameroun et ses milieux innovateurs ?

En sa qualité de président de la Society of Arts, le prince Albert a créé un comité pour organiser des expositions dans le but d’améliorer le design industriel britannique. Une exposition à Birmingham en 1849 a été suivie de la première exposition véritablement internationale, la Grande exposition des produits de l’industrie de toutes les nations, qui s’est tenue au « Crystal Palace » de Joseph Paxton à Hyde Park, Londres, à l’été 1851.

La moitié de l’espace d’exposition était consacrée à la fabrication britannique, et l’autre moitié était offerte aux pays étrangers pour montrer leurs réalisations et leurs spécialités. Six millions de personnes ont visité l’exposition pour voir plus de 100 000 expositions du monde entier, réparties globalement en matières premières, machines, produits manufacturés et beaux-arts.

La reine Victoria elle-même s’y est rendue pas moins de trente-quatre fois. Les bénéfices substantiels ont été utilisés pour établir le South Kensington Museum, rebaptisé Victoria and Albert Museum en 1899. La reine a écrit à son oncle Léopold, roi des Belges, que l’inauguration de la Grande Exposition était le “plus grand jour de notre histoire”.

La vision EthnoTech : d’Haïti à l’Arménie

L’histoire des pierres est aussi l’histoire des hommes. L’Exposition internationale du bicentenaire de Port-au-Prince a été proposée pour commémorer le bicentenaire de la fondation de la capitale d’Haïti en 1749. Les enjeux de restitution de biens culturels et leur réappropriation dans notre mémoire collective soulèvent de nouveaux défis innovants que le pavillon Arménie à l’exposition universelle de Dubaï a résumé autour de la vision EthnoTech. Cette approche qui entend concilier l’ethnographie avec les technologies de l’information et la communication a fait l’objet de projets ambitieux et pourrait demain inspirer le patrimoine matériel et immatériel africain.

Face à la désertification invisible, la reconquête de nos forêts, moteur universel qui sauve des vies ?

A quoi ressemblerait une Tel Aviv de l’Afrique qui part à la reconquête de nos forêts ? Jérusalem a accueilli une Exposition Spécialisée en 1953 sur la conquête du désert. Elle portait notamment sur la mise en valeur et la transformation des espaces désertiques en habitat. Tel Aviv signifie en hébreu « colline du printemps ». Une colline de la renaissance des forêts ? De l’agriculture régénérative ? Dans sa Cité antique, Fustel de Coulanges voit dans la religion et le culte des morts les fondements des sociétés. C’est ce culte qui selon lui régit les règles en matière de propriété, d’héritage, de transmission… L’origine de ce que nous sommes.

Dans ce parallélisme, Tel Aviv peut être vue comme la métaphore d’une incarnation moderne qui entretient aussi des racines anciennes, comme sa ville sœur, Yaoundé, la capitale des sept collines, où ont convergé au fil du temps nombreuses diasporas méditerranéennes de la Grèce au Liban. De réelles opportunités s’offrent aux entrepreneurs afro-futuristes dans les domaines de l’agroforesterie, de l’industrie pharmaceutique, des sciences de la vie, de la nutrition et des technologies de la santé. Il suffit d’observer la place que jouent les échanges transfrontaliers entre le Cameroun, le Nigeria et ses voisins, en matière de valorisation de produits forestiers non-ligneux.

Les aspects cosmétiques, alimentaires et médicinaux de ces produits sont aujourd’hui valorisés par de nombreux acteurs nigérians, à travers le champ de la « New Nature Economy ». A l’instar du pavillon du Gabon qui s’est distingué à l’Exposition universelle d’Osaka avec le thème « Notre forêt moteur universel qui sauve des vies », Cameroon Bio Valley pourrait représenter un incroyable pôle de sourcing végétal, basé sur les coproduits de la flore et des forêts du bassin du Congo.

Contributeurs :

Darius DADA, directeur artistique pour le Comité de Candidature du Cameroun à l’Exposition Universelle 2035

Longin Colbert ELOUNDOU, grand-stratégiste et chef de projet en diplomatie des villes

Kevin LOGNONÉ, analyste en capacités partenariales, managériales et d’innovation

Renaud Martin ATEMENGUE, artiste indépendant

Saint-Luc PEMHA, expert associé dans les arts et les technologies

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