Interview avec Clément Fanara à l’occasion de son voyage en Chine.

À l’occasion de son premier voyage en Chine intérieure, Clément Fanara nous raconte ses impressions et projets. Après de nombreuses années d’expatriation, il rentre en France pour devenir vigneron de première génération au Château Clos des Abbesses (Saint-Émilion). Ce changement de trajectoire ne l’empêche pas de garder un regard vers l’Asie, à travers plusieurs projets. 

Pour votre première fois en Chine intérieure, quelles ont été vos impressions du pays ?

J’ai passé 4 jours en Chine continentale, essentiellement dans la province du Guangdong, à Shenzhen et Guangzhou. Ce qui saute aux yeux, c’est d’abord le caractère avant-gardiste de ces villes. J’ai été très étonné des avancées architecturales et énergétiques, dans un cadre très sécurisé. Un élément qui m’a particulièrement surpris est la part d’électrique dans le parc automobile. Même dans une ville de 17 millions d’habitants comme Shenzhen, il y a très peu de nuisances sonores. C’est la dichotomie des villes très modernes et récentes qui ont eu un développement économique éclair. 

Quelles étaient vos attentes de ce voyage ? 

En parallèle de l’attente personnelle de découvrir un nouveau pays, je venais aussi dans un objectif professionnel. Il s’agissait d’abord de mieux comprendre le marché du vin en Chine et ensuite de prospecter pour de futures collaborations. 

Il est primordial de comprendre le fonctionnement du marché local pour mieux l’appréhender. Saisir sa structure, son organisation, les différences avec les autres pays, les méthodes de distribution et d’importations, … Évidemment, dans un second temps, j’entendais trouver un importateur et/ou distributeur pour commencer un partenariat. 

Comment s’est donc passé ce voyage ? 

Il n’y a pas en Chine une tradition culturelle du vin comme en Europe. Pour autant, le public chinois à une vraie volonté de connaître et devient amateur depuis plusieurs années. 

Nous sommes toujours dans le creux de la vague du « Food and beverage » en Chine, car le marché est devenu mature et la concurrence est plus importante. Évidemment qui dit concurrence, dit attentes du public. J’ai donc travaillé une cuvée spéciale pour ce marché, d’entrée de gamme, pour permettre des prix abordables pour tous les acteurs. 

Concernant les opportunités concrètes, les importateurs n’ont pas de besoins immédiats. La prochaine étape est de faire des tests plus détaillés sur certains marchés afin d’aboutir dans les prochains mois à un partenariat dans la province du Guangzhou. 

Quelles sont vos impressions lorsque vous retournez à Hong Kong ?

Il s’agissait de ma troisième fois à Hong Kong. C’est une ville que j’adore, car elle se situe à la croisée des chemins entre l’Occident et l’Orient. Il y a une énergie très spéciale, autant sur l’île qu’à Kowloon, avec un dynamisme impressionnant. C’est, à mes yeux, un New York à l’orientale, avec une cuisine vraiment délicieuse. Je remarque cependant que le centre de gravité se déplace progressivement vers la Chine continentale avec l’attractivité de Shenzhen. 

Hong Kong est un marché très vieux qui connaît le vin, et notamment le vin rouge. Le marché a été évidemment très impacté par la crise Covid et les stocks ne sont toujours pas écoulés. Il semblerait que les commandes doivent commencer à repartir bientôt, en attendant le retour de la régularité. 

Percevez-vous un intérêt particulier pour les vignerons indépendants en Asie ? 

Le label « Vigneron indépendant » est un label français, très peu connu à l’étranger. Pour autant, les marchés asiatiques mettent de la valeur dans cette forme d’authenticité. Ils sont attachés à avoir un interlocuteur qui produit et vend un produit. C’est malheureusement un phénomène de plus en plus rare dans la région de Bordeaux avec l’explosion du nombre de sous-traitants et de négociants, depuis une vingtaine d’années. Il est donc crucial de défendre l’idée qu’à Bordeaux, il reste des vignerons qui produisent et vendent un vin authentique et avec du caractère. 

Une autre particularité du marché est le paradoxe entre l’attachement à la tradition et le désir de nouveauté. Je propose ainsi des vins avec de nouveaux profils, mais tout de même produits sur une propriété de 140 ans.

Quelles sont les prochaines étapes pour vous en Asie ? 

J’adopte une approche différente selon les marchés. En Chine continentale, je me concentre d’abord sur le Guangdong en espérant développer des ventes dans quelques zones tests, notamment par l’intermédiaire de restaurants européens. À Hong Kong et Singapour, où nous sommes déjà installés, il s’agit de profiter de la relance post-covid. J’espère à plus long terme atteindre par ricochet d’autres provinces chinoises, comme Shanghai, et même d’autres pays, comme la Thaïlande. 

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