La lueur qui s’estompe : pourquoi l’âme néon de Hong Kong s’éteint ?

(english below)

Pendant des décennies, l’image de Hong Kong était indissociable de la lueur kaléidoscopique des néons. Dominant les rues étroites, ces ailerons de requin lumineux créaient une esthétique cyberpunk qui a inspiré des films comme Blade Runner et Chungking Express. Mais aujourd’hui, la forêt électrique de la ville est en train d’être élaguée jusqu’à disparaître. En 2026, les enseignes au néon, autrefois omniprésentes, sont passées à moins de 400, laissant une ville qui semble plus calme, tant sur le plan visuel que culturel.

L’essor de la jungle électrique

Le néon est arrivé à Hong Kong dans les années 1920, mais il a connu un essor fulgurant dans les années 1950, suite à l’afflux d’artisans venus de Shanghai. Pendant le boom économique de la ville, les commerces — des prêteurs sur gages aux pharmacies en passant par les boîtes de nuit — se sont livrés à une course à la domination visuelle.

Il en a résulté une typographie urbaine unique : d’énormes enseignes en porte-à-faux ornées d’une calligraphie chinoise complexe, souvent pliées à la main par des artisants. Ce n’étaient pas seulement des publicités ; c’étaient des repères.

Les raisons de leur disparition

La disparition des enseignes au néon n’est pas le résultat d’un événement isolé, mais plutôt d’une accumulation de facteurs mêlant sécurité, technologie et réglementation.

Le durcissement des mesures de sécurité : en 2010, le Département de l’urbanisme de Hong Kong a mis en place le Système de contrôle des enseignes (SBCS). De nombreuses enseignes historiques étaient techniquement « non autorisées » ou enfreignaient les codes modernes en matière de taille et d’emplacement. Afin de prévenir les accidents lors des typhons, les autorités ont commencé à émettre des milliers d’ordonnances de retrait chaque année.

La révolution LED : la technologie LED est moins coûteuse, plus économe en énergie et plus facile à produire en série. Alors que le néon nécessite un artisan qualifié pour courber les tubes de verre et manipuler des gaz à haute tension, les LED sont « prêtes à l’emploi ».

La perte du savoir-faire : avec le déclin du secteur, de moins en moins de jeunes se sont lancés dans ce métier. Aujourd’hui, il ne reste qu’une poignée de maîtres artisans du néon à Hong Kong, ce qui rend la réparation des enseignes existantes de plus en plus difficile et coûteuse.

La lutte pour la lueur

La bataille n’est pas encore tout à fait perdue. Des organisations telles que Tetra Neon Exchange (TNX) et le musée M+ se mobilisent pour sauver les enseignes avant qu’elles ne finissent à la décharge. Au lieu d’être détruites, des pièces emblématiques – comme la célèbre enseigne « Cow » de Sammy’s Kitchen – sont préservées en tant qu’œuvres d’art.

Cependant, les défenseurs de cette cause affirment que le néon a sa place dans les rues, et pas seulement dans les musées. De nouveaux mouvements encouragent les entreprises à commander des enseignes au néon plus petites, destinées à l’intérieur, ou des enseignes extérieures « respectueuses du patrimoine » afin de perpétuer cet art.

Alors que Hong Kong s’oriente vers un avenir plus réglementé, la question demeure : la ville parviendra-t-elle à trouver un équilibre entre la sécurité et la préservation de son patrimoine visuel le plus emblématique ? Ou bien la « Perle de l’Orient » finira-t-elle par perdre l’éclat même qui la faisait briller ?


The Fading Glow: Why Hong Kong’s Neon Soul Is Dying ?

For decades, Hong Kong’s image was inextricably linked to the kaleidoscopic glow of neon lights. Dominating the narrow streets, these luminous shark-fins created a cyberpunk aesthetic that inspired films like Blade Runner and Chungking Express. But now, the city’s electric forest is being pruned away. By 2026, the once ubiquitous neon signs will have dwindled to fewer than 400, leaving a city that feels calmer, both visually and culturally.

The Rise of the Electric Jungle

Neon arrived in Hong Kong in the 1920s, but it experienced a meteoric rise in the 1950s, following an influx of artisans from Shanghai. During the city’s economic boom, businesses—from pawn shops and pharmacies to nightclubs—engaged in a race for visual dominance.

The result was a unique urban typography: enormous cantilevered signs adorned with intricate Chinese calligraphy, often hand-folded by artisans. They weren’t just advertisements; they were landmarks.

The reasons for their disappearance

The disappearance of neon signs wasn’t the result of a single event, but rather a combination of factors involving safety, technology, and regulations.

Stricter safety measures: In 2010, Hong Kong’s Planning Department implemented the Sign Control System (SCCS). Many historic signs were either technically “unauthorized” or violated modern standards regarding size and placement. To prevent accidents during typhoons, authorities began issuing thousands of removal orders each year.

The LED revolution: LED technology is less expensive, more energy-efficient, and easier to mass-produce. While neon requires a skilled craftsman to bend glass tubes and handle high-voltage gases, LEDs are “plug and play.”

The loss of expertise: With the industry’s decline, fewer and fewer young people have entered the trade. Today, only a handful of master neon artisans remain in Hong Kong, making the repair of existing signs increasingly difficult and expensive.

The fight for the glow

The battle is not yet entirely lost. Organizations such as Tetra Neon Exchange (TNX) and the M+ Museum are working to save signs before they end up in landfills. Instead of being destroyed, iconic pieces—like the famous “Cow” sign from Sammy’s Kitchen—are being preserved as works of art.

However, advocates argue that neon belongs on the streets, not just in museums. New movements are encouraging businesses to commission smaller, indoor neon signs or “heritage-friendly” outdoor signs to perpetuate this art form.

As Hong Kong moves toward a more regulated future, the question remains: Will the city be able to strike a balance between safety and preserving its most iconic visual heritage? Or will the “Pearl of the Orient” ultimately lose the very brilliance that made it shine ?

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